Relaxation, attention et connaissance de soi

Dans l’esprit du grand public, la relaxation est vue comme un ensemble de pratiques plus ou moins compliquées, certaines d’entre elles obligeant à se tordre les articulations dans je ne sais quel sens et à respirer profondément en croisant bizarrement les doigts.
La relaxation devrait avant tout être comprise comme un processus, comme une voie, une ouverture, un relâchement… Je vous propose d’aller dans quoi se fait cette ouverture, comment elle se fait et vers où elle mène.

Les limites du corps

Nous vivons tous dans un corps dont les limites sont visibles.

Lorsqu’on se regarde dans un miroir, on peut voir sur la surface plane du miroir un reflet du corps en trois dimensions, avec sa forme et sa couleur de peau particulière. Si l’on s’installait devant un miroir pour dessiner ce que l’on voit, on obtiendrait un portrait plus ou moins fidèle à la réalité en fonction de notre talent artistique et de notre capacité à regarder avec objectivité.

Lorsqu’on ferme les yeux, on peut se représenter ce même corps avec ses propres limites. Si l’on dessinait ce corps visualisé, le dessin serait serait une projection du corps tel qu’il est représenté dans le psychisme. Ce corps représenté est composé de la mémoire de la forme vue à partir des yeux, de la forme vue dans le miroir et de la mémoire du corps vécu.

Lorsqu’on amène l’attention sur les sensations du corps, sur la température, la densité, sur les battements du coeur ou sur le rythme de la respiration, on perçoit encore un autre corps. Certains peuvent amener leur attention consciente dans le petit orteil du pied gauche rien qu’en lisant ces mots, d’autres peineront à ressentir leur dos, leur jambe droite ou leur cuir chevelu. Si l’on devait dessiner ce corps ressenti, il serait encore moins précis que le dessin du corps visualisé. Il pourrait avoir la forme d’un gros oeuf ou d’un bibendum avec de vagues contours.

La perception des sensations est quelque chose qui s’affine. Lorsqu’on pratique une relaxation allongée ou lorsqu’on se détend dans un fauteuil pour faire la sieste, les limites du corps se dissolvent. Il suffit d’observer la réaction sensorielle qui se produit lorsqu’on entend un bruit très fort au moment où l’on est totalement détendu. Les vibrations du bruit sont perçues de manière beaucoup plus intense, comme si elles avaient touché le corps bien avant d’arriver à la peau et aux oreilles.

La relaxation du corps permet de dissoudre les limites du corps conscient et d’affiner la perception des sensations. L’attention aux sensations est une ouverture. Son but n’est pas de supprimer des tensions ou de modifier quoi que ce soit. Le simple fait d’amener l’attention à un endroit précis du corps permet d’accueillir ce qui est. J’accueille les tensions, j’accueille la douleur, j’accueille ce serrement, cette vibration, cette chaleur… La relaxation du corps mène vers l’accueil et plus tard vers l’acceptation de ce qui est.

Les limites du moi

Ce que l’on appelle « moi » est la personnalité telle qu’elle s’est construite, telle qu’elle est perçue en fonction de l’image et des représentations que l’on a de soi. Il n’existe pas de miroir devant lequel exposer le « moi » afin de le visualiser en trois dimensions. Le seul miroir de « moi » est « l’autre ». La personnalité se construit dans un environnement, une société, une culture et dans une famille particulière. Que l’on cherche à ressembler à ceux qui nous entourent ou que l’on cherche à s’en différencier, c’est la même chose. On se construit en fonction de l’entourage qui est un reflet plus ou moins acceptable de ce que l’on souhaite être.

La personnalité n’est pas une fin, mais un moyen. Lorsqu’on avance sur une voie de connaissance de soi, on peut commencer par aligner sur une feuille de papier une longue liste de qualités et de défauts, ainsi qu’une liste d’attitudes, de comportements, de valeurs qui expliquent ce qu’est cette personnalité. Cette personnalité consciente est contenue dans les limites de ce qui est perçu et représenté psychiquement.


Les limites de la personnalité consciente sont plus ou moins définies. Certains ont une vague idée de leur personnalité, d’autres en ont une image précise. L’image de soi n’est pas figée dans le temps, c’est une image en perpétuel changement dont les contours évoluent naturellement. La relaxation permet d’amener une ouverture dans psychisme comme elle le fait pour le corps. Les limites du moi conscient s’élargissent, s’ouvrent ou bien résistent. L’attention est toujours la clé. En amenant l’attention sur la personnalité, une disposition à l’accueil se développe et permet d’intégrer différentes facettes de soi. Ce processus décrit par Jung comme le relâchement de la crampe du conscient est un pas vers l’individuation.

 

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